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REVOLUTIONARY BUT LOOSER

C’est aussi le nom d’un des morceaux du solo de CiZiF, ceci est une petite réflexion écrite il y a quelques années qui n’a pas été diffusé

L’échec pratique d’une théorie révolutionnaire ne sera jamais une objection à la nécessité de la Révolution. C’est pourtant ce qui se fait à chaque fois qu’un mouvement révolutionnaire échoue : La tournure dramatique que prit la révolution russe puis la chute de l’empire soviétique en 89 ou encore la dérive de la Fraction Armée Rouge invalideraient par exemple les discours révolutionnaires qui menèrent à ces mouvements. Ils démontreraient que ce genre de discours est voué à l’échec, qu’il mène à la dictature, à la barbarie, au chaos. Mais il n’en est rien. L’efficacité et l’opérationnalité d’un discours ne disent rien sur la véracité de ses fondements. La dictature, la Barbarie et le chaos règnent déjà. Si le projet révolutionnaire a échoué en pratique jusqu’à nos jours c’est seulement parce que l’ennemi qui se dresse face à lui, autour de lui, et en lui, et qu’il s’est juré d’abattre, est indiciblement plus puissant, plus efficace, plus opérationnel. Mais l’impuissance et la faiblesse ne disent rien sur la justesse et la nécessité. Les erreurs et échecs des révolutionnaires ne sont pas à reprocher au projet révolutionnaire, ils résultent de l’omnipotence des forces contre-révolutonnaires, et de ce que les révolutionnaires reproduisent de contre-révolutionnaire. Il n’y a pas d’objection, pas de réfutation à la nécessité de la Révolution. Ceux qui défendent la soumission, la réification et l’esclavage ont toujours tort, même quand l’ordre soi-disant naturel leur donne raison. Il n’y a pas d’argument à donner face à la mort. Pas de justification à donner pour la révolte contre l’horreur. Être du coté des gagnants n’est pas synonyme de vérité.

LOOSERS DE TOUS LES PAYS UNISSEZ VOUS !

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MON RAP N’EST PAS À VENDRE ?????

Tract fait par des Bras-Cassés, à l’occasion d’un concert de Casey

Ou la tragédie d’une trajectoire qui va se perdre dans l’industrie culturelle

Alors comme ça ton rap n’est pas à vendre? À part à la Fnac, à Virgin … et à l’Antirouille, 13 eu le cercon c’est ça? Ne pas lécher le cul des Majors ne te rend en aucun cas indépendante du marché de la culture. Ton rap se vend de la même manière que l’on achète une place au cinoche du coin, une salade ou une pute… Casey c’est une marchandise parmi les autres, destinée à nous divertir de l’horreur que nous subissons, à maintenir le désir de la marchandise, et à intégrer toutes les dimensions de la vie dans cette dictature de la consommation. Même les plus enragées. Casey, c’est un peu comme un T-shirt Anarchie. De l’attitude rebelle qui se consomme. Nous allons tous écouter pendant deux heures des paroles véner et sortir en se flattant d’être aussi critiques, puristes et hardcores tout en replongeant dans la triste banalité du quotidien. Quand tu montes sur scène tu es cette bête de foire que l’on dompte. Le loisir, le divertissement jouent un rôle primordial dans le maintien et la reproduction de la société capitaliste. Tu y participes en tant qu’agent vedette du spectacle. Nous y participons en tant que spectateurs. Tes textes pourtant si explicitement critiques de ce règne des choses, ton flow pourtant si hargneux, tes instrus pourtant si violentes sont happés par l’industrie culturelle dés l’instant où tu te contente d’apparaître. Mais ne te rends tu pas compte qu’il y a un truc qui ne va pas quand tu proclames que ton rap n’est pas à vendre? Qu’il y a un antagonisme entre ta musique et ce que tu en fais ?

Et le rap actuel lui même n’est que le fantôme du Zombie qu’il était déjà à sa base. Il n’y a rien à y défendre, aucun purisme à avoir. Le rap fait partie de ce monde de morts. Même ses penchants énervés et révoltés se rangent au fil du temps au grand musée des boites de conserve. Il n’y a pas de rap révolutionnaire, mais il peut y avoir une utilisation révolutionnaire du rap. Et c’est aussi pour ça que nous aimons malgré tout le gros rap bien crade qui ne mâche pas ses mots. Mais nous le préférons gratuit.

Bien sur nous savons bien que tu n’es pas uniquement une marchandise, il y a bien évidemment contradiction entre ce que tu penses,vis,crées, et le cadre dans lequel cela se retrouve enfermé. Mais la puissance de l’industrie culturelle (elle même n’étant qu’une des surfaces d’un iceberg polymorphe) annihile presque totalement cette contradiction.

T’as perdu d’avance mais on t’aime bien quand même (entre loosers il faut s’organiser).

Les personnes qui ont distribué ce tract lors du concert de Casey (il y a 1an environ, je ne sais plus) se sont heurtés dès le départ aux agents de sécurité. En effet, quand elles ont voulu rentrer elles se sont vus refuser l’accès, alors qu’elles avaient payés leurs places, parce qu’elles avaient des bières dans le sac. Elles avaient pourtant déclaré les bières au premier vigile, parce qu’elles savaient bien qu’elles allaient se faire emmerder, et il leur avait dit de rentrer. Mais le second n’a rien voulu savoir, ce qui a bien entendu énervé nos chers bras-cassés, et une des personnes a laissé échapper un « niques ta mère », ce qui a bien entendu foutu en rogne notre cher viriliste de vigile. S’en suivit une bagarre avec le vigile, au cours de laquelle deux mecs qui ont voulu les soutenir se sont pris quelques coups par les vigiles eux aussi, puis les personnes se sont retrouvés devant la porte à tracter, dégoutés de s’être fait extorquer leurs 13euros pour rien. Quand les vigiles sont partis, deux trois chansons avant la fin du concert, une des personnes est montée dans la salle avec le reste des tracts. Juste au moment où elle entre elle entend Casey arrêter la musique pour « placer un gros « niques ta mère » à tous les flics, contrôleurs, vigiles… » … !!!

Elle a balancé les tracts sur scène et s’est barré.

CREVE SALOPE

Tract distribué pour la première fois dans des manifs du service public en novembre 2008

De la Misère en milieu militant

ou

Quand l’esclave réclame plus de maîtres et l’amélioration de ses conditions d’esclavage…

Je n’attends rien.

Je ne revendique rien.

Je refuse tout.

Les défilés de masques inanimés et autres pantins syndiqués me répugnent. Le dialogue social ne m’intéresse pas. Je n’attends rien des gens qui me gouvernent. Je ne veux pas qu’ils m’écoutent, je ne cherche pas à me faire entendre, je ne demande rien, je ne traite pas avec mes bourreaux. Je n’attends rien des traîtres et collabos qui veulent négocier avec eux. Vous faites partie du décor, bandes de marionnettes. Vous êtes le spectacle de la critique, je fais la critique du spectacle.

Je n’attends rien.

Usine à formatage, abattoir du savoir, le réchauffement climatique ne change rien à l’âge de glace que nous vivons sur le plan émotionnel. Le prof est une misérable créature: dominant dominé, instrument du pouvoir, la classe des bergers lui délègue la violence qui préserve l’ordre établit, il est comme le maton. Je n’attends rien de lui. « Cesse d’être flic sale curé! »

Je n’attends rien d’une société qui nous vole notre enfance pour que nous devenions très vite des adultes bien programmés, contents de leur servitude.

« We don’t need no education »!…

Qu’est ce que nous attendons pour foutre le feu aux écoles?

Qu’est ce que nous attendons pour foutre le feu à toutes ces prisons qui construisent l’énorme bagne que constitue notre vie?

Arrêtez d’attendre. Arrêtez d’espérer. Arrêtez.

Arrêtez tout. Ou plutôt: Arrêtez le Tout. C’est à dire la totalité concrète dans laquelle s’inscrit tout ce qui vous opprime.

Commencez à réfléchir.

Nous sommes l’histoire!

Mais…

Je n’attends rien des fouliens.

Je ne fais pas confiance aux masses et aux troupes, aux meutes et aux groupes.

Le collectif qui ne réprime pas l’individu est encore à inventer.

Je n’attends rien de toi, je n’attends rien de vous, je n’attends rien.

J’appelle à la rébellion mais je sais qu’il n’y a pas de révolte sans prise de conscience et pas de prise de conscience sans révolte.

J’appelle à la révolution mais je sais que toutes les portes sont fermées (raison de plus quand on regarde bien).

Je n’attends rien. Je ne me fais plus d’illusions. Le chemin doit être le but. Que la victoire soit encore possible ou non n’a plus réellement d’importance.

Nous n’avons pas le choix. Accepter c’est mourir… Si nous voulons vivre nous devons combattre…!

Je n’attends rien.

Je refuse tout.

Je n’ai rien à proposer à part la critique radicale de tout ce qui sert à maintenir ce qui est établit.

CiZiF

Nous tuons le temps – Nous mourrons d’ennui

Tract écrit pendant un été montpelliérain quelconque – le vide total quoi

Notre « petit bonheur », cette certaine « qualité de vie » – qui n’est en fait qu’une survie quantitativement améliorée, réservée à des privilégiés – est un moment de la gestion mortifère de la vie réduite à la production, la consommation… l’économie. La mort subtilement diffusée nous maintient en vie juste assez pour que nous la supportions, pour que nous acceptions de mourir constamment, bref pour nous empêcher de vouloir vivre vraiment, entièrement, sans réserve, sans barreaux.

Où se cache la douleur? « Où se crient les cris? »

Tout est enfouis. Tout se tait. Le bruit des machines, le rire des pantins, la fête divertissante… la dictature du silence étouffe les hurlements de nos entrailles, plonge dans l’oubli le plus profond les souffrances de nos corps. Mais ce n’est pas parce qu’ ON arrive de mieux en mieux à rendre la misère invisible qu’elle n’existe plus. Au contraire, le caractère de plus en plus impalpable de notre misère économique, psychologique, sociale, sexuelle, intellectuelle… nous y enferme encore plus. En nous empêchant de prendre conscience de notre mutilation (je dirais même de notre non-existence, notre existence en tant que rien) ceux que nous laissons nous organiser à notre place nous coupent toute possibilité d’imaginer autre chose que le capitalisme. En décrédibilisant complètement toute pensée utopique, toute négativité, tout ce qui tend à transcender ce qui est, donc en stérilisant la pensée dans un positivisme absolu, ils coupent les jambes de la révolte et ferment les dernières portes. Notre misère, nos douleurs et blessures, cachées à l’intérieur, coupées de leur expression, vendues sous forme spectaculaire, éloignées dans une représentation… tout ces sentiments qui ne peuvent être vécues réellement s’accumulent, frustrés, au fin fond de notre inconscient, se détachent de leurs sens, des désirs qui n’ont pas pu s’exprimer, et se transforment en violence tordu, perverse, uniquement destructrice, tourné contre soi et contre les autres, en angoisse paralysante, ou encore en détresse et dépression. Quand le masque faiblit ce sont d’abord les tendances fascistes, et les nihilismes passifs qui surgissent. Quand le mascara coule, les démons apparaissent, mais les désirs profonds, la beauté révoltée donc non-normée, la volonté de vivre, tout ça reste étouffé par la laideur des frustrations inexprimées qui explose alors. Et même si dans ces explosions violentes la misère redevient plus visible, les masses de pestiférées émotionnels n’ont jamais les moyens d’en identifier les causes, ni bien-sûr d’attaquer ces dernières.

CRIEZ! PLEUREZ! BRÛLEZ! COMMENCEZ À RÉFLÉCHIR!

LAISSEZ LA DOULEUR S’EXPRIMER. ESSAYEZ DE LA COMPRENDRE. ATTAQUEZ LES CADRES QUI VOUS ENFERMENT. COMMENCEZ A VIVRE VOTRE SOUFFRANCE POUR EN ATTAQUER LES CAUSES!

Essayez d’écouter ce que votre corps a à vous dire. Brisez l’isolement, dépassez la communication des objets, apprenez à vous parler… Luttez sans espoir, sans attendre de victoire.

Bien sûr que j’aimerais bien qu’il y ait la révolution, mais je me bats indépendamment de la possibilité ou de l’impossibilité de la réussite. Je sais que l’insurrection ne vient pas mais cette fausse vie est si insupportable quand on en a conscience que je me débats par tous les moyens qui me restent encore (si ridicules qu’ils soient). Ma génération s’est construite sur l’échec des mouvements révolutionnaires des précédentes et sur les déceptions que cela a engendré. Il nous faut maintenant apprendre à nous battre sans espoir, désillusionné, sans nous laisser décourager par l’échec, le désespoir, et l’impuissance auxquels nous sommes constamment confrontés. Saisissez vous des armes intellectuelles grâce auxquelles vos armes matérielles mortifères se retourneront contre les chefs et deviendront des armes de la vie.

LISEZ, DÉBATTEZ, ÉCRIVEZ, POUR QUE VOS MARTEAUX, VOS BUREAUX, VOS MITRAILLETTES SE TRANSFORMENT ENFIN EN INSTRUMENTS RÉVOLUTIONNAIRES DE LA PASSION ET DE LA VIE EN DÉTRUISANT LA SOCIÉTÉ QUI LES A CRÉÉES.

Un cri muet de désespoir qui a conscience de lui-même est beau dans et malgré son impuissance. C’est un signe de vie qui se dresse face à la dictature de l’esthétique autoritaire et son calme violent.

CiZiF …

Fraction Bras Cassés

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